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Atlas s’inscrit dans la réflexion élargie de Julien Molland sur les modes de construction, de circulation et de réactivation des images dans le champ contemporain, dans la lignée des pratiques conceptuelles où l’image n’est plus seulement un résultat mais un terrain d’enquête, un matériau à manipuler, décaler, mettre en tension. Il s'agit donc d'interroger la manière dont les archives visuelles — ici spécifiquement celles issues de la bande dessinée — peuvent être réinvesties pour produire de nouvelles configurations sensibles. En opérant une sélection attentive de fragments de pages issues d’auteurs, d’époques et de styles variés, l'auteur élabore un terrain de fouille : non pas une archéologie tournée vers la restitution historique, mais une archéologie véritablement plastique, où les formes deviennent indices, matériaux et strates opératoires. Les fragments sélectionnés se voient détachés de leur fonction narrative originelle pour être reconsidérés comme des unités autonomes participant à une géographie visuelle. En ôtant personnages, dialogues, phylactères et actions, c'est une zone souvent périphérique, l’arrière-plan, qui se révèle libéré. Ici, la page n’est plus pensée comme un élément narratif mais comme un champ topographique. L’œil ne suit plus un récit ; il arpente une surface. À la marge de la bande dessinée, ce travail invite le regardeur à s’infiltrer sur un territoire où le geste du prélèvement constitue la première étape d’une reconfiguration plus profonde : il ne montre pas seulement des images, il rend sensible une méthode, un protocole, une manière de penser par les images. Chaque planches est ainsi reconfigurée à partir d'un inventaire de plus de 40 trames numériques toutes gravées sur tampon encreur. La main de l'artiste reprend alors le dessus, et l’empreinte devient la trace d’un geste conscient mais non entièrement maîtrisable : la pression, l’encrage, le grain du papier introduisent une part d’aléatoire, de contingence, qui vient rompre la rigidité du protocole. Finalement, c’est l’ensemble des pages qui se fait sujet, dans une vision globale et distanciée. Le visiteur est invité à devenir arpenteur, non lecteur. Il traverse des paysages graphiques qui se répondent les uns les autres, créant une continuité non narrative mais rythmique, une temporalité où regarder devient un acte d’attention, presque un exercice de mémoire. Les formes semblent survivre à leurs contextes d’origine et entrer en résonance dans de nouvelles constellations. Au-delà d’une finalité plastique, est plutôt visée une expérience perceptive où la matière, la technique et la mémoire forment une totalité ouverte et apprennent au regardeur ce qu’elles peuvent encore devenir.
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